Le maintien de notre évènement majeur annuel à Thionville le 18 et 19 septembre, malgré un agenda associatif initialement vide mais qui a réussit paradoxalement à se remplir à la dernière minute (merci le pangolin), a été le fruit de multiples interrogations et hésitations (bâtard de pangolin) quelques semaines avant sa tenue. Une remise en question globale, pas juste de la part de la mairie, mais également de notre association ... Ce festival fut au final une réussite dans son ensemble, compte tenu qu'il n'y ait eu ni cluster, ni mort à déplorer sur la Place Claude Arnoult.                                                                  (photo : Loïc Colas)                                            

"Fallait-il l'organiser ?" de longues semaines on s'est demandé, compte tenu des contraintes liées à la pandémie et au dispositif à mettre en place. J'ai vite compris qu'on aurait du fil à retordre dès la première réunion de préparation du festival en mairie avec le service jeunesse : "le maire ne veut pas qu'on emploie le mot "concerts" de peur du rassemblement de foule". Il était alors impératif de trouver un mot terne comme du vieu marbre, du style : "animations musicales". Un peu trop ringard aux yeux de Mick qui préféra le terme "DJ set" et changea donc la formule sur le visuel.

J-10 : Le graphiste tape un AVC

Le lendemain, autre coup de fil de la mairie :


"Ce serait bien aussi que le personnage principal sur l'affiche ait un masque pour sensibiliser". 


_ Sauf que ben, si le personnage édenté porte un masque, le visuel n'a plus vraiment d'intérêt esthétique.


_ Alors va pour le chien qui skate son crâne."

Aussitôt dit, aussitôt renvoyée, l'affiche une seconde fois, avec le clebs muselé. Bien entendu, une autre version du encore voir le jour derrière, avec cette fois-ci des pictogrammes spéciaux covid.

J-7 : Cactus sur la place et commerçants remontés

Après que les paperasses administratives aient été acté-signé-tamponné-dépisté et que la note de service ai aussi à son tour effectué plusieurs allers-retours entre ma boite mail et celle de la mairie (vu le matos à rajouter par rapport à l'an passé, du genre 50 barrières pour "verrouiller" la place et ne permettre qu'un seul sens de file), il ne nous restait officiellement plus que deux obstacles à surmonter : la colère des commerçants et des obstacles en cuivre en forme de cactus, qui allaient autant gêner le jour J qu'être skaté dans tous les sens le samedi par pure vengeance. Je tenta mon possible pour au moins prévenir les magasins voisins de la Place où devait avoir lieu le contest que ça allait être un peu le zbeul devant chez eux ; histoire de communiquer ; car les conflits de nos jours sont plus sources d'une lacune communicative qu'autre chose. Bien entendu ma tentative de communication se solda par un échec royal, et je rentra chez moi après seulement 3 commerçants prévenus/agacés/ayant envie de me frapper. 

J-1 : Passage éclair sur les ondes hertziennes

 [Jeudi 9H]  Franco et moi passons sur France Bleu Lorraine pour parler du festival. Enfin non, un des élus du service jeunesse a à peine le temps d'expliquer au micro (mon cul ça s'est fait via le cellulaire) les mesures mises en place sur l'évènement face à la covid qu'il est déjà temps d'abréger avant de rendre l'antenne. Je prend la parole pour me présenter et soudain la musique de la radio me coupe en guise de clôture. Oups pardon, l'"animation musicale"... oui, ça fait déjà plusieurs jours qu'on veille au grain par rapport au vocabulaire employé qu'on en deviendrait presque parano. Ne surtout pas dire "concert" ou tout ce qui peut évoquer un rassemblement, pigé ?

J-0 : Merde c'est une prise de fête foraine !

[Vendredi matin, aux alentours de 10H ...] Alors que la rampe est sur le point d'être déchargée du camion pour être transposée devant l'Autel de la Patrie, je regarde avec effroi la prise que l'électricien tient entre les mains : le truc fait 10 fois la taille d'une prise normale, et avoisine à peu près la circonférence d'un boa constrictor d'Amazonie. C'est parfait pour alimenter le train fantôme, le bateau pirate et la maison hantée de la fête foraine, un peu moins par contre pour brancher amplis, enceintes, table de mixage pour des conc..., euh enfin, vous avez compris. L'électricien vient de comprendre que j'étais un peu con tout court et a la gentillesse d'aller chercher une prise adaptée. Ouf, safe ! En plus bonne nouvelle, il n'y a plus de cactus !

Vendredi 17H : Le collectif du Bruit prend la relève et ouvre le bal masqué

Super Hérisson 

The Anemony, Melvyn, Mickey Trump, Super Hérisson et Navarro (dont le batteur de Guerilla Poubelle fait parti de la formation !), 5 excellents groupes d'horizons musicaux différents programmés par la récente association thionvilloise "Collectif du Bruit", venus pour certains de Belgique et de Paris, ouvrent officiellement le festival ce vendredi, en s'adaptant aux conditions particulières et en prenant soin de respecter l'autre consigne qui nous a été donné : amoindrir le volume sonore. Il y a du public, donc on doit faire un peu la police malgré nous et veiller à ce que les gens ne s'attroupent pas et portent bien le masque.

Navarro

Melvyn

La session libre de skate à elle aussi commencé juste derrière, sur les curbs, kickers et table pique-nique, agencés minutieusement pour un plaisir de ride optimal, et surtout afin que les participants du contest le lendemain puissent envoyer un répertoire de tricks suffisamment polyvalent et lourd.

Tom Phuong Savan, Caveman Mute

L'animation musicale finit de détonner sur la place à 22h12. Chacun rentre tranquillement chez soi, sauf moi et Jonjon, qui après une after dans le bar d'à côté avec quelques zikos, dormons dans sa fourgonnette, histoire d'avoir la conscience tranquille en s'improvisant agents de sécurité des lieux (l'asso est responsable du matériel prêté par la mairie, n'oublions pas, et donc ne le détruisons pas).

JOUR 2 : l'adrénaline efface la gueule de bois

[Samedi matin, 7H30]

Mon estomac me réveille en me faisant comprendre que le cassedal ingurgité la veille n'a pas suffit à éponger les litres de bières descendues le soir. Je trouve dans le marché juste à côté une moitié de pastèque que j'éclate sur le champ. Il faut absolument que j'augmente mon taux de sucre dans le sang en vue de l'initiation skate qui commence dans à peine 2H, je ne voudrais surtout pas que ça soit moi que les gosses ramassent. J'en profite pour aller au QG imprimer les décharges et prendre les lots. Dès mon retour et après moins d'une heure, le crew Raw Dogs est déjà en place, prêt à désinfecter les protections et accueillir les artistes qui exposent. Tout est parfaitement balisé, rien ne peut nous être reproché. 

Alexandre et Lauriane

Stand de prévention tenu par 2 jeunes de l'association Apsis-Emergence

[10H10] Les enfants souhaitant apprendre le skateboard arrivent au compte-gouttes. Je n'hésite pas une seule seconde à envoyer les moins récalcitrants direct au casse-pipe ("le kicker 7000"). Je savais de toute façon qu'ils s'en sortiraient tous bien, aguerris par mon tempérament quelque peu belliqueux en voyant l'heure du début du contest approchait à grand pas. Les parents sont contents de voir leurs bambins effectuer leur premier aller-retour/pivot/descente. Enfin surtout leur premier pas sur un skate !

Initiation graffiti avec Alfa-B

[12H30] Jonjon le bricoleur est venu prêter main forte pour peaufiner les derniers modules et il s'aperçoit que les nouvelles plaques de la micro-rampe sont déjà trouées alors qu'elles ont été apposées la veille (ben ouais c'est ça d'acheter du 5mm au lieu au lieu du 8mm, incompétent de Mog). On se dit qu'elles ne feront pas long feu autre part que dans un barbec', surtout lorsque les rideurs de Metz, qui commencent à débarquer tranquillement, vont l'attaquer de tous les côtés en début de session. Est-il envisageable que Jonjon aille acheter le nouveau bois pour couvrir la rampe maintenant et change le tout dans la foulée ? Selon lui oui. Je n'attendis même pas le oui lorsque les clefs du camion-benne passèrent de ma main à la sienne.

Samedi 15H : Début de best trick contest explosif

Peut-on concilier le fait de skater en totale anarchie lors d'un contest et respecter les distances barrières lors d'un contest sur une rue piétonne ? Non. 

C'est en voyant les rideurs s'élancer du bout de la rue de l'Ancien Hôpital à fond de balle et en se rentrant presque dans le lard que l'on sait qu'il n'y a pas à tergiverser sur cette question stupide. Cette première Jam épique, à laquelle on voudrait assister plus souvent, consista donc à exécuter le meilleur trick sur les curbs, délimités par 2 hauteurs différentes.

On assista rapidement à une avalanche de figures dont je suis prêt à parier que quelques unes ont du échapper au regard affûté des 4 juges, à défaut de leur avoir filer un sévère torticolis.

BS tailslide bigspin out, 3-6 flip nosegrind, Nollie flip frontside noseslide : Thibaut Czckalski péta cette première épreuve en autant de morceaux que de tricks, partageant du Flip BS tailslide avec Jolan Trinh, qui à son tour fit ressortir de la mêlée un très long BS Lipslide, puis un flip BS 5-0, BS smith et bluntslide, ponctuant le tout avec son trick fétiche : le bigspin flip en gapant le gros curb. C'était inévitable.

Tristan nous fit aussi d'excellents tricks, davantage penché gap que slide : Nollie 3-6 shuv-it, fakie heelflip front, 180 Fakie bigspin, boneless 360 en sautant du 2ème curb.

Tristan, Boneless 360

Tom Phuong Savan ne passa pas non plus inaperçus : noseslide 360 et 180 switch smith, avec un joli hardflip sur l'étage du dessus.

Tom Phuong Savan, Hardflip

 Gauthier était aussi présent avec des boardslide shuv-it out des 2 côtés et une "tirette shuv-it".

Sinon le jury a également noté, sur sa feuille déjà noircie en entrée de jeu, un autre hardflip (décidemment, ce trick a la cote), un 50-50 BS out, un nose manual to manual et un 180 switch   5-0 de la part de Coco.

Coco, hardflip sous un autre angle

Dès la clôture de la 1ère épreuve, les rideurs ne se doutaient pas que pour la suite on allait s'aventurer en terrain un peu plus noueux ...

La table de pique-nique fut posée, les questions aussi, du style "est-ce bien grindable ce bois brut?", ce à quoi les plus optimistes répondirent certainement par "peut-être", en n'omettant pas d'apposer 3 couches de wax et surtout, de poser leurs couilles sur la table, qui trembla dès le premier assaut en 50-50, laissant planer le doute sur la bonne tenue de cette épreuve. 

Tant pis, c'était désormais trop tard, Thibaut survola la friponne avec un énorme Ollie pour commencer cette 2ème Jam en fanfare.

Thibaut, Big Ollie

Tristan rentabilisa le kilo de wax avec un fifty FS boardslide ainsi qu'un 50-50 shuv-it out

Gauthier sorti habilement de son grind avec un backside out

Gauthier qui boardslide la picnic table quitte à se vautrer 2M plus loin

Boneless Syracuse fit son entrée dans le game avec du boneless footplant et du boneless tailslide

Florian nous sorti aussi un ollie FS 180 out ainsi qu'un flip in très propre dont je me souviendrais

L'honneur revint à Thibaut d'enfoncer le clou sur cette table, avec un énoooooorrme FS Nosebluntslide, sorti d'outre-tombe et gravé dans les mémoires thionvilloises.

BOUM. FS Noseluntslide de Thibaut in yo' face 

S'il fallait éviter de développer un cluster à Thionville, il était aussi évident d'éviter de faire des morts parmi les skateurs. Dans tous les cas, je salivais rien qu'à l'idée d'imaginer les énormes tricks qui allaient être mis durant la jam suivante, comme les pires slams qui allaient en refroidir plus d'un. Bref, c'était l'heure d'enchaîner avec la petite maison devant l'autel de la patrie

Ouais, c'est ça, la 3ème épreuve s'est déroulée sur une vulgaire maisonnette en plastique achetée le matin même 20 balles sur leboncoin. Le nombre de participants se réduisit comme peau de chagrin une fois que le délicieux obstacle fut installé. Tant mieux, je commençais à en avoir marre de tourner la tête de tous les côtés.

Welcome to the maisonnette

Thibaut Czckalski, Indy

Backside Ollie, plus esthétique en vidéo qu'en photo il faut avouer aha

Jolan Trinh, Ollie, puis kickflip la seconde d'après, qui a échappé à la vigilance du photographe

Boneless Syracuse, Boneless 

"Tu niques ma toiture t'es mort", répétais-je pourtant à ceux s'approchant de la maisonnette

Chose promise, donc chose due pour l'avant dernière épreuve. L'anaconda avait vu le jour il y a déjà presque 2 mois, bien avant le contest. Long aujourd'hui de 10 mètres, il s'est déployé progressivement en 5 parties sur les pavés de la place, et les rideurs durent patienter encore un peu pour qu'il finisse sa mue et se resserre complètement à l'aide de sangles pour éviter d'envoyer ses assaillants la mâchoire droit sur sa colonne d'acier.

5 x 2 M = 10 M selon ma calculette

Remise des lots de la tombola en attendant la constitution de l'anaconda, la 4ème jam

Lauriane, qui après des hectolitres de bières écoulées, mérite bien sa board signée Akakubik

Tristan parcouru la bête avec un long 50-50, et une partie de son antre avec un 360 boardslide

Thibaut Czckalski nous sorti un 360 FS boardslide, un crooked grind, un crooked BS lipslide et un fakie bigspin boardslide

Gauthier paya son BS boardslide to fakie, switch boardslide, haf-cab boardslide, boardslide ollie over

Pour le plus long boardslide, ça s'est joué entre Florian et Tristan, à peu de mètres de slide près. 

Aucun rider ne s'est pris une des bûches fixées à la barre mais les bûches ont quand même bien rythmé l'épreuve. 

5ème et dernière Jam : la micro-rampe 

Fraîchement replaquée, elle méritait aussi un baptême digne de ce nom : ça n'a pas tardé à déambuler d'une courbe à l'autre. Cependant, le jury n'a pas bougé, alors c'est moi qui ait jugé, et certainement d'un trop mauvais œil la suite du contest. Je n'oublierais certainement pas les longues lignes de Marco, témoignant d'un cardio plus qu'exemplaire (le mec est un athlète), ni les caveman drop-in depuis la statue de Gauthier et Tristan, ou les gros boneless 540 de Tristan. Nicolas tapa aussi quelques lignes bien stylées, pas de C hein mais de U !

Big-Up aux 3 juges : Nathanaël, Alexis et Tom

RESULTATS BEST -TRICK CONTEST :

1er : Thibaut Czckalski > Pique-niqueur + Kickers surfer

2ème : Jolan Trinh > Ledge master

3ème : Gauthier > Anaconda warrior

4ème : Tristan > Micro-ramp killer

5ème : Marco Salvonara aka Boneless Syracuse > Flying saucer

6ème : Coco 

7ème : Tom

8ème : Florian

9ème : Palpal

UN GROS MERCI AUX ARTISTES ET EXPOSANTS PRESENTS : Matthieu Godebille, Alfa-B, Steve, Jérôme, Akakubik, Runs, Val-P, Paul D-P, L'espace Girls, 7 Plis, L'usine By cat, Brice (Kradle), 666Mokey, Audrey (Miss Pocket), Manolo Prolo, NRX Tattoo, Apsis Emergence

UN GROS MERCI AUX MUSICIENS PRESENTS : Hervé et Brice du Collectif du Bruit pour l'ingé son, The Anemony, Melvyn, Mickey Trump, Super Hérisson, Navarro, DJ Hound Dog, One Shot Hank, 666Mokey, Noir Mecanique, Tune Zitoune, Chicken Diamond, Mercurochrome

Crédits photo : Mick / Loïc Colas / Rock In Thionville / Dominique Steinmetz / Lilly

NUMÉRO 6 EN VENTE

Prix : 6 € T.T.C
Avec le poster et jeu de l'oie : 8 € T.T.C
Disponible en vente à la sauvette : rawdogsmag@gmail.com

Points de vente : 

Olliewood skateshop, 19 Rue des Capucins, Luxembourg

Hisler BD, Centre Commercial Géric, Thionville

NRX Tattoo, 52 Rue de la Gare, Hagondange

Explicit Skateshop, 6 Rue de Ladoucette, Metz

La Face Cachée, 6 Rue du Lancieu, Metz

Chat de Gouttière, 13 En Chaplerue, Metz

Le P'tit Local, 3 Rue du Paradis, Metz 

Fetish skateshop, 31 rue des Quatre Eglises, Nancy